すべての記事

Robotique humanoïde : les robots chinois entrent dans la danse

2026年2月1日

Robotique humanoïde : les robots chinois entrent dans la danse

Publié initialement dans Forbes France en février 2026. Forbes France ayant cessé sa publication, cet article est réhébergé ici dans sa version d’origine.

Le 17 février 2026, devant plus de 700 millions de téléspectateurs, une trentaine de robots humanoïdes Unitree exécutent des saltos arrière, manient des nunchakus et enchaînent des figures de parkour sur la scène du Gala du Nouvel An chinois, la plus grande émission de télévision au monde. Le spectacle, baptisé « WuBot » (武BOT), met en scène des robots G1 et H2 combattant aux côtés d’élèves de l’école d’arts martiaux de Tagou, dans un ballet millimétré mêlant bâton, épée et « boxe de l’homme ivre ». Un an plus tôt, lors du Gala 2025, les mêmes robots se cantonnaient à une chorégraphie mesurée, dansant le yangko avec des mouchoirs.

Le contraste est saisissant. Ce qui ressemble à un divertissement du Nouvel An est en réalité une démonstration de puissance technologique adressée au monde entier. Derrière les acrobaties, il y a un message : la Chine ne se contente plus de fabriquer les robots. Elle veut démontrer qu’elle les maîtrise.

En un an, tout a changé.

En 2025, les robots du Gala exécutaient une danse folklorique prudente. En 2026, ils sprintent à 4 mètres par seconde, effectuent des saltos aériens de 3 mètres de haut, et s’affrontent au bâton en plein direct, à quelques centimètres d’enfants. Pour les spécialistes de robotique, le bond est spectaculaire. Passer d’une chorégraphie traditionnelle à du parkour freestyle avec manipulation d’objets en temps réel, c’est franchir plusieurs paliers technologiques en douze mois : contrôle de l’équilibre dynamique, préhension fine avec de nouvelles mains articulées, coordination de clusters de robots en environnement ouvert.

Mais le plus révélateur, c’est le choix de la vitrine. Ce n’est pas un laboratoire privé qui dévoile ces avancées, c’est la télévision d’État, devant la moitié du pays. Le signal est politique. Xi Jinping a personnellement rendu visite à Fourier Intelligence en décembre 2023, puis à AgiBot en avril 2025. Aucun président américain n’a fait quoi que ce soit de comparable pour une entreprise de robotique humanoïde. En Chine, les robots ne sont pas un sujet de recherche : ils sont une affaire d’État.

Une nécessité existentielle : quand la survie économique passe par les robots

Pourquoi cette urgence ? Parce que la Chine vieillit à une vitesse qui donne le vertige. En 2022, pour la première fois depuis 1961, le pays a enregistré plus de décès que de naissances. Les projections de l’ONU sont implacables : en 2050, la population chinoise tombera à 1,26 milliard d’habitants, dont 40 % auront plus de 60 ans. En 2100, elle sera divisée par deux, à 633 millions, avec seulement 8 % de moins de 15 ans et plus de la moitié de seniors.

La Chine n’investit donc pas dans la robotique par fascination technologique. Elle le fait par nécessité vitale. Sans robots, l’appareil productif chinois s’effondre. Le robot humanoïde n’est pas un gadget : c’est une réponse existentielle au déclin démographique, au même titre que les véhicules électriques ou les semi-conducteurs. Et le playbook est le même : soutien étatique massif, multiplication des acteurs, guerre des prix, domination par le volume.

L’usine du monde des robots : les chiffres qui donnent le vertige

La Chine représente déjà 90 % des robots humanoïdes vendus dans le monde. En 2025, Unitree a écoulé 5 500 unités et vise désormais 20 000 pour 2026, avec une introduction en bourse ciblée à 7 milliards de dollars sur le marché STAR de Shanghai. AgiBot, fondée par un ancien « ingénieur génie » de Huawei, suit avec 5 168 unités et une valorisation visée de 6,4 milliards. Fourier, soutenue par le SoftBank Vision Fund, se concentre sur la santé et la rééducation. Et derrière eux, Galbot, Noetix, MagicLab et plus de 150 autres entreprises chinoises développent des humanoïdes.

Surtout, la Chine sait casser les prix. Un robot Unitree G1 coûte 16 000 dollars. Le prix d’une Citroën C3. Le soir même du Gala, des modèles ont été mis en vente sur la plateforme e-commerce JD.com : ils ont été épuisés en quelques minutes. Plus de 82 % des 300 deals d’investissement mondiaux dans la robotique en 2025 ont eu lieu en Chine.

Les estimations de marché donnent la mesure de l’enjeu. Selon Goldman Sachs, le marché mondial des robots humanoïdes pourrait atteindre 38 milliards de dollars d’ici 2035, contre environ 1,5 milliard en 2024 selon Grand View Research. Morgan Stanley va plus loin : 5 000 milliards de dollars en 2050, en incluant les écosystèmes de maintenance et de services. Des chiffres qui donnent le tournis et qui rappellent les projections des débuts du marché des véhicules électriques, projections que la réalité a depuis dépassées.

Le cerveau américain, le corps chinois

Pendant ce temps, aux États-Unis, Elon Musk promet des « légions » de robots Optimus. Mais les faits sont têtus : Tesla n’a pas atteint son objectif de 5 000 unités en 2025, un chiffre que chacun des deux leaders chinois a dépassé seul. Musk lui-même a reconnu au Forum économique mondial que « la Chine est très forte en IA, très forte en manufacturing, et sera définitivement la compétition la plus rude pour Tesla », ajoutant qu’il ne voyait « aucun concurrent significatif en dehors de la Chine ».

Le marché se scinde en deux hémisphères. D’un côté, les États-Unis dominent l’intelligence logicielle : NVIDIA fournit les puces, Google DeepMind et OpenAI les modèles d’IA, et des startups comme Figure AI (valorisée 39 milliards de dollars) mènent la course aux financements. De l’autre, la Chine contrôle 63 % de la chaîne d’approvisionnement hardware des humanoïdes et écrase la concurrence en production. C’est le paradoxe de cette nouvelle industrie : le cerveau est américain, mais le corps est chinois. Et sans le corps, le cerveau ne sert à rien.

Ce schéma rappelle celui des véhicules électriques, des panneaux solaires, des batteries. À chaque fois, le même enchaînement : l’Occident invente le concept, la Chine industrialise et rafle le marché. Sauf que cette fois, l’enjeu est d’une autre nature. Un robot humanoïde, ce n’est pas une voiture. C’est un travailleur, un soignant, potentiellement un soldat.

Et l’Europe dans tout ça ?

L’Europe n’a ni la puissance industrielle chinoise, ni les « war chests » américains. Mais elle aurait tort de se croire condamnée au rôle de spectatrice. L’histoire récente offre des motifs d’espoir. Neura Robotics, pépite allemande, développe des humanoïdes cognitifs destinés à l’industrie européenne. La robotique médicale et chirurgicale reste un domaine où l’Europe excelle. L’AI Act pourrait offrir un cadre de confiance que ni la Chine ni les États-Unis ne peuvent revendiquer. En effet, un robot « certifié Europe », conçu dans le respect de standards de sécurité et d’éthique exigeants, trouverait naturellement sa place dans la santé, l’aide à la personne, les environnements sensibles.

Cela suppose toutefois de passer de la régulation défensive à la stratégie industrielle offensive. Investir massivement et rapidement dans la recherche et l’industrie, fédérer les acteurs du continent, attirer les talents. Les briques sont là, mais elles restent éparses. Si l’Europe veut peser dans cette course, elle devra apprendre à assembler ses forces avec la même détermination et concentration de moyen qui a permis à la France de créer le CEA en son temps. Le temps presse, mais la fenêtre n’est pas fermée.

Le fossé culturel : pourquoi l’Asie embrasse les robots quand l’Occident les craint

Il y a un facteur plus profond, souvent négligé, qui explique la vitesse d’adoption en Asie : la culture. Des études publiées dans Computers in Human Behavior et par Oxford Academic montrent que les attitudes envers les robots sont radicalement différentes en Asie de l’Est et en Occident. Au Japon, imprégné du shintoïsme et de l’animisme, les objets ont une âme. Astro Boy et Doraemon sont des amis, pas des menaces. En Chine, les traditions bouddhistes et confucéennes intègrent les entités non humaines dans un même ordre moral cosmique. L’idée qu’une machine puisse être un compagnon ne heurte personne.

En Occident, c’est l’inverse. Le mot « robot » lui-même a été inventé en 1921 dans une pièce de théâtre tchèque où les machines finissent par se révolter et tuer leurs maîtres. Depuis, Terminator, HAL 9000, Matrix : l’imaginaire occidental est saturé de machines hostiles. Les recherches en psychologie interculturelle confirment ce clivage : l’augmentation de la ressemblance humaine d’un robot diminue le confort des Américains, mais pas celui des Japonais. L’Occident voit dans la machine une menace pour l’unicité humaine ; l’Asie y voit un partenaire naturel.

Cette différence n’est pas anecdotique. Elle influence la vitesse de réglementation, d’adoption, d’investissement. Le soir du Gala, des robots étaient mis en vente en ligne et achetés en quelques minutes par des particuliers. Imaginez la même scène pendant le Super Bowl… L’enthousiasme serait-il le même, ou serait-il tempéré par un malaise diffus, celui d’une culture qui, au fond, n’a jamais fait confiance aux machines qu’elle crée ?

Créer à son image : la vieille angoisse et le miroir chinois

Ce clivage culturel n’est pas seulement un facteur de marché. Il révèle quelque chose de bien plus fondamental sur notre rapport à la création. L’Occident, héritier de la Genèse, pense la création de manière verticale : un Dieu unique façonne l’homme à son image, et toute imitation de ce geste relève du sacrilège ou du défi prométhéen. Le Golem, Frankenstein, Terminator : chaque fois que l’homme crée un être à sa ressemblance, la punition suit. Créer à son image, c’est défier Dieu. C’est l’hubris.

Les traditions asiatiques racontent une histoire différente. Dans un cosmos où le souffle vital circule entre tous les êtres, animés et inanimés, la frontière entre la créature et le créateur n’a pas la même rigidité. L’artisan qui façonne un automate n’usurpe rien. Il prolonge un ordre naturel. C’est peut-être pour cela que 700 millions de Chinois ont regardé des robots faire du kung-fu avec émerveillement, là où un public occidental aurait sans doute mêlé fascination et inquiétude.

Cette différence philosophique pourrait bien devenir un facteur géopolitique décisif. Car pour construire une industrie robotique, il ne suffit pas d’ingénieurs et de capitaux. Il faut aussi une société qui accepte, qui désire même, la présence de ces nouvelles entités dans son quotidien. Et sur ce terrain invisible, celui de l’imaginaire collectif, la Chine a peut-être une avance que ni les milliards de la Silicon Valley ni les règlements de Bruxelles ne pourront combler.

このテーマをさらに深く知りたいですか?

Hypernewsletter を見る
Robotique humanoïde : les robots chinois entrent dans la danse | Flavien Chervet