La conquête

Nous avons fui les hymnes,
Leurs notes fausses
Qui chantent l’hiver des nations dans les embruns,
Là où les cœurs s’embaument,
S’enferment,
Cédant aux fiévreux arômes de l’ennemi commun.
Nous avons tranché l’Histoire
Pour croire en l’avenir,
Nous acquitter des souvenirs
Que répètent nos bras maladroits
Entre deux soupirs.
Nous avons pleuré ensemble
Était-ce la première fois ?
Suçant notre propre sang, nous y avons senti la menthe,
La fraîcheur, la joie, la vie,
Un sourire dessiné d’envie
Propice aux caprices d’une époque agonisante.
Nous avons tus nos espoirs
Pour mieux les construire.
Au milieu des plaies immatures qui caractérisent nos corps
Nous avons ouvert des chemins
Et bâti des châteaux-forts.
Dans les plis de nos peaux nous avons peint
Aux couleurs des pigments du plaisir.
Nous avons choisi d’être beaux,
D’endurer nos limites,
Nos impossibles idéaux pour parfaire l’incertain qui nous habite.
Nous avons choisi de croire à l’instant qui ouvre ses bras,
A la tendresse,
A une science de l’autre exprimée sans loi.
Nous avons choisi d’être nombreux,
De peupler nos solitudes,
D’écrire de nouveaux mythes,
De ridiculiser les héros de guerre et les tyrans qui d’eux profitent,
De faire du pouvoir une tare
Et de son exercice un sacrifice.
Nous avons plongés,
Nous, pauvres immigrés de notre continent intérieur
Dans une mer supérieure aux couleurs irisées.
Nous avons osé chavirer.
Nous avons construit d’eau notre nouveau navire
Et pour la première fois sans peur
Nous avons décidé d’agir,
De faire de notre pavillon un totem magique
Une arche invincible et dorée
Dont les armes sont des âmes fâchées.
Et finalement, face aux fureurs,
Dans les tourbillons,
Sortant de notre cocon pour guerroyer,
En pleine fin du monde,
Nous avons décidé de conquérir notre Humanité.